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Bilan carbone des déplacements : guide pratique scope 3
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RSE & Qualité

Bilan carbone des déplacements : guide pratique scope 3

CTA Business Travel20 août 2024Mis à jour le 24 avril 202614 min de lecture

Qu'est-ce que le scope 3, catégorie 6 : les déplacements professionnels ?

Le Greenhouse Gas Protocol (GHG Protocol) classe les émissions de gaz à effet de serre en trois périmètres. Le scope 1 couvre les émissions directes de l'entreprise (véhicules de fonction, chauffage des locaux). Le scope 2 concerne l'énergie achetée (électricité, chaleur). Le scope 3, quant à lui, englobe toutes les émissions indirectes liées à la chaîne de valeur, réparties en quinze catégories.

La catégorie 6 du scope 3 vise spécifiquement les déplacements professionnels : vols, trains, locations de voitures, taxis et tout autre mode de transport utilisé par les collaborateurs dans le cadre de leur activité. C'est souvent l'un des postes les plus significatifs du bilan carbone d'une entreprise de services, représentant parfois 30 à 60 % des émissions totales du scope 3.

Pour un DRH ou un Responsable RSE, comprendre cette catégorie est essentiel. Les déplacements professionnels sont un levier d'action concret : contrairement à d'autres postes du scope 3 (comme les achats de matières premières), ils sont directement pilotables par des décisions internes — politique voyage, choix des modes de transport, recours à la visioconférence.

La méthodologie ADEME pour mesurer vos émissions transport

L'ADEME (Agence de la transition écologique) met à disposition la Base Carbone, une base de données publique contenant les facteurs d'émission de référence pour la France. C'est la source officielle utilisée dans les bilans réglementaires.

Les facteurs d'émission clés à connaître

Voici les principaux facteurs d'émission par mode de transport, exprimés en kg CO₂e par passager-kilomètre :

  • Avion court-courrier (< 1 000 km) : 0,258 kg CO₂e/passager.km
  • Avion moyen-courrier (1 000 à 3 500 km) : 0,187 kg CO₂e/passager.km
  • Avion long-courrier (> 3 500 km) : 0,152 kg CO₂e/passager.km
  • TGV : 0,00173 kg CO₂e/passager.km
  • Voiture thermique (conducteur seul) : 0,218 kg CO₂e/passager.km
  • Voiture électrique : 0,020 kg CO₂e/passager.km

Ces chiffres montrent un écart considérable : un trajet Paris-Lyon en avion émet environ 150 fois plus de CO₂ qu'en TGV. Ce ratio est un argument massue pour justifier un report modal sur les courtes distances.

La méthodologie de calcul

Pour calculer vos émissions, la formule est simple :

Émissions (kg CO₂e) = Distance parcourue (km) × Facteur d'émission (kg CO₂e/km) × Nombre de passagers

En pratique, il faut collecter les données de déplacement (billets émis, notes de frais, données du SBT), appliquer les facteurs d'émission correspondants, puis agréger les résultats par mode, par destination et par service. L'ADEME recommande d'inclure le forçage radiatif pour les vols (un multiplicateur de 1,7 à 2 pour tenir compte des traînées de condensation et des effets d'altitude).

Obligations réglementaires : CSRD, BEGES et au-delà

Le cadre réglementaire se durcit significativement. Deux dispositifs principaux encadrent le reporting des émissions :

Le BEGES (Bilan d'Émissions de Gaz à Effet de Serre)

Obligatoire pour les entreprises de plus de 500 salariés (250 dans les DOM-TOM) et les collectivités de plus de 50 000 habitants. Le BEGES doit être mis à jour tous les quatre ans et publié sur la plateforme de l'ADEME. Depuis 2023, il doit inclure un plan de transition, avec des objectifs chiffrés de réduction.

La CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive)

Entrée en vigueur progressivement depuis 2024, la CSRD impose un reporting extra-financier détaillé selon les normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Le standard ESRS E1 (changement climatique) exige la publication des émissions scope 1, 2 et 3, avec une ventilation par catégorie. Les déplacements professionnels doivent être identifiés et quantifiés séparément.

Ce que cela implique concrètement

Pour les DRH et Responsables RSE, ces obligations signifient :

  • Traçabilité : chaque déplacement doit être documenté avec son mode de transport et sa distance
  • Méthodologie : les calculs doivent suivre une méthodologie reconnue (GHG Protocol ou ISO 14064)
  • Auditabilité : les données doivent pouvoir être vérifiées par un organisme tiers
  • Plan d'action : un simple reporting ne suffit plus, il faut démontrer une trajectoire de réduction

L'outil carbone CTA Business Travel : mesurer pour agir

CTA Business Travel intègre dans son offre un outil de mesure carbone directement connecté aux données de réservation. Contrairement aux calculateurs génériques, cet outil utilise les données réelles de vos déplacements — compagnie aérienne, classe de voyage, type d'appareil, taux de remplissage — pour fournir des estimations précises.

Les fonctionnalités clés

  • Calcul automatique : chaque réservation génère automatiquement son empreinte carbone, sans saisie manuelle
  • Tableaux de bord : visualisation des émissions par service, par destination, par mode de transport et par période
  • Comparatifs : simulation de l'impact d'un changement de mode (exemple : « si ce vol avait été un train »)
  • Export réglementaire : données formatées pour alimenter votre BEGES ou votre rapport CSRD
  • Alertes : notification lorsqu'un collaborateur réserve un vol sur un trajet faisable en train en moins de 4 heures

Cet outil transforme la donnée voyage en information décisionnelle. Le Travel Manager ou le Responsable RSE peut ainsi piloter la trajectoire carbone des déplacements avec la même rigueur qu'un budget financier.

Étude de cas : réduire de 30 % les émissions en deux ans

Contexte : une ETI française du secteur de l'édition logicielle SaaS B2B, 800 collaborateurs, présente dans six villes françaises et quatre capitales européennes. Budget voyages annuel : 2,8 millions d'euros. Émissions scope 3 catégorie 6 initiales : 1 450 tonnes de CO₂e par an.

Diagnostic initial (année 0) :

  • 62 % des émissions proviennent des vols court-courrier intra-France
  • 24 % des émissions liées aux vols européens
  • 14 % des émissions liées aux trajets en voiture de location
  • Taux d'utilisation de la visioconférence pour les réunions internes : 35 %

Plan d'action déployé :

  1. Report modal : interdiction des vols intérieurs lorsqu'une alternative ferroviaire existe en moins de 4h30. Résultat : 85 % des trajets Paris-Lyon, Paris-Bordeaux et Paris-Nantes basculés sur le TGV.
  2. Visioconférence : objectif de 70 % des réunions internes en visio. Investissement dans des salles de visioconférence de qualité professionnelle.
  3. Optimisation des déplacements : regroupement des rendez-vous clients pour réduire le nombre de trajets. Mise en place d'un système de validation managériale pour tout déplacement.
  4. Véhicules : remplacement progressif de la flotte de location par des véhicules électriques ou hybrides sur les trajets courts.

Résultats à 24 mois :

  • Émissions : 1 015 tonnes de CO₂e (−30 %)
  • Budget voyages : 2,35 millions d'euros (−16 %)
  • Satisfaction collaborateurs : score eNPS voyage passé de 32 à 47
  • Nombre de déplacements : −18 % (compensé par la hausse de la visioconférence)

Le point clé : la réduction carbone s'est accompagnée d'une réduction des coûts. La transition n'est pas un sacrifice, c'est une optimisation.

Les erreurs fréquentes dans la mesure carbone des déplacements

Après avoir accompagné plus de 150 bilans carbone déplacements, nous identifions six pièges méthodologiques récurrents qui faussent les résultats et freinent le plan d'action.

Erreur n°1 : Oublier le forçage radiatif des vols. L'ADEME recommande d'appliquer un multiplicateur de 1,7 à 2 aux émissions des vols pour tenir compte des traînées de condensation et des effets d'altitude. Ignorer ce coefficient sous-estime l'empreinte aérienne de 40 à 50 % — une erreur structurelle qui se répercute sur toute la trajectoire de réduction.

Erreur n°2 : Exclure les voyages internationaux. Beaucoup de bilans se limitent aux trajets domestiques parce que les données sont plus faciles à collecter. Pourtant, un seul vol transatlantique peut émettre autant qu'un an de trajets intra-France d'un collaborateur. Exclure l'international revient à ignorer la majorité des émissions réelles.

Erreur n°3 : Confondre kilomètre parcouru et kilomètre facturé. Les données de la TMC indiquent souvent la distance facturée (tarif de classe), pas la distance géographique réelle du trajet. Appliquer les facteurs d'émission à la distance facturée fausse les calculs. Utilisez systématiquement la distance orthodromique (grand cercle) ou la distance routière/ferroviaire réelle.

Erreur n°4 : Négliger les trajets « dernier kilomètre ». Taxis, VTC, métros, location de véhicules sur place : ces déplacements d'appoint représentent en moyenne 8 à 12 % des émissions totales. Les ignorer donne un bilan incomplet et empêche de cibler un levier d'optimisation significatif.

Erreur n°5 : Comparer des bilans non harmonisés. Un bilan 2022 calculé sur la méthodologie Bilan Carbone ADEME v15 n'est pas directement comparable avec un bilan 2026 sur l'ISO 14083:2023. Les facteurs d'émission ont évolué, la granularité n'est pas la même. Sans recalcul rétroactif, les trajectoires affichées sont trompeuses — une baisse apparente peut n'être qu'un changement de méthode.

Erreur n°6 : Se limiter au reporting sans plan d'action. Le bilan carbone n'est pas une fin en soi. Une entreprise qui publie ses émissions sans engager de trajectoire de réduction perd en crédibilité face aux parties prenantes et s'expose à l'accusation de greenwashing. Chaque bilan doit être accompagné d'un plan d'action chiffré et d'objectifs temporalisés.

Checklist : mettre en place votre mesure carbone déplacements

Voici les étapes concrètes pour démarrer :

  • Centraliser les données : s'assurer que 100 % des réservations passent par un canal unique (TMC ou SBT)
  • Choisir une méthodologie : GHG Protocol ou Bilan Carbone® de l'ADEME
  • Définir le périmètre : inclure tous les modes (avion, train, voiture, taxi, VTC)
  • Calculer l'année de référence : établir le bilan carbone de l'année N-1 comme base de comparaison
  • Fixer des objectifs : réduction de X % sur Y années, alignée avec les Accords de Paris
  • Mettre en place le reporting : tableau de bord mensuel, revue trimestrielle avec la direction
  • Communiquer : informer les collaborateurs de l'empreinte carbone de leurs déplacements
  • Former : sensibiliser les bookers et les voyageurs aux bonnes pratiques
  • Piloter : ajuster les actions en fonction des résultats trimestriels
  • Valoriser : intégrer les résultats dans le rapport RSE et la communication interne

Mise à jour 2026 : CSRD, premiers reports, premiers contrôles

L'exercice 2025 a marqué l'entrée en vigueur effective de la CSRD pour les grandes entreprises cotées (> 500 salariés, ou > 40 M€ CA + 20 M€ bilan). Les premiers rapports ont été publiés au printemps 2026. Ce qu'on retient :

Les émissions Scope 3 liées aux déplacements représentent en moyenne 18 % du total des émissions d'une entreprise de services (source : ADEME, Base Empreinte 2026 mise à jour). Pour les secteurs très mobiles (conseil, audit, informatique), la part monte à 25-30 %.

Trois évolutions réglementaires clés en 2026 :

  1. Méthodes de calcul harmonisées. L'ISO 14083:2023 est devenue le standard de référence pour quantifier les émissions de transport. Les TMC et plateformes SBT ont migré leurs calculs sur cette base, ce qui permet désormais des benchmarks sectoriels fiables.

  2. Obligation de trajectoire SBTi. De plus en plus d'entreprises publient des objectifs validés par la Science Based Targets initiative. En 2026, plus de 7 000 entreprises dans le monde ont un objectif SBTi approuvé, dont ~900 en France. La plupart incluent le Scope 3.7 (déplacements professionnels) avec une baisse de 42 à 50 % d'ici 2030.

  3. Taxation carbone corporate. Certaines grandes entreprises (Schneider Electric, Microsoft, Michelin) pratiquent désormais une carbon tax interne : chaque tonne de CO₂ émise sur un voyage est facturée à l'entité émettrice (50 à 250 €/tCO₂e). Cela finance les investissements décarbonation et oriente les arbitrages.

Ce qui se passe si vous ne faites rien : au-delà du risque réglementaire, les entreprises retardataires se voient désormais exclues des appels d'offres publics et grands comptes, où un bilan carbone crédible est devenu un critère éliminatoire.


Pour aller plus loin

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