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Télétravail vs déplacement : trouver le bon équilibre
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RSE & Qualité

Télétravail vs déplacement : trouver le bon équilibre

CTA Business Travel20 août 20249 min de lecture

Le basculement post-COVID : ce qui a changé durablement

La pandémie de COVID-19 a provoqué un effondrement sans précédent des déplacements professionnels. En 2020, les volumes de voyages d'affaires ont chuté de 60 à 80 % selon les secteurs. Mais l'enseignement majeur n'est pas la baisse elle-même : c'est le constat que de nombreux déplacements n'étaient pas indispensables.

Quatre ans après, les volumes de déplacement ont repris, mais pas au niveau d'avant-crise. Selon la GBTA (Global Business Travel Association), le marché mondial du voyage d'affaires a retrouvé environ 80 % de son niveau de 2019 fin 2024. Les 20 % manquants correspondent à des déplacements qui ont été définitivement remplacés par la visioconférence, sans perte de performance.

Ce qui a changé structurellement

  • La visioconférence est devenue normale : avant 2020, proposer un appel Teams au lieu d'un déplacement pouvait être perçu comme un manque de professionnalisme. Ce n'est plus le cas.
  • Les outils se sont améliorés : qualité vidéo et audio, tableaux blancs collaboratifs, salles de visioconférence dédiées, traduction en temps réel.
  • Les attentes des collaborateurs ont évolué : beaucoup de voyageurs fréquents ne souhaitent pas revenir au rythme pré-COVID. Le bien-être au travail est devenu un critère central.
  • Les entreprises ont mesuré les économies : réduire de 20 % les déplacements génère des économies significatives, sans impact mesurable sur le chiffre d'affaires.

Pour un DRH ou un Responsable RSE, cette évolution est une opportunité : elle permet de repenser la mobilité professionnelle en intégrant les dimensions économique, environnementale et sociale.

Quand le déplacement est indispensable, quand le distanciel suffit

Tous les déplacements ne se valent pas. Certains sont créateurs de valeur, d'autres sont des habitudes coûteuses. L'enjeu est de distinguer les deux avec des critères objectifs.

Les déplacements à forte valeur ajoutée

Certaines situations justifient pleinement un déplacement physique :

  • Négociations commerciales stratégiques : la présence physique renforce la confiance et la capacité à lire le langage non verbal. Les contrats à fort enjeu (> 100 k€) bénéficient du présentiel.
  • Premiers contacts clients ou partenaires : la poignée de main initiale crée un lien que la visio ne reproduit pas. Le premier rendez-vous devrait être en présentiel.
  • Séminaires et team building : la cohésion d'équipe se construit dans les interactions informelles (pauses café, dîners, activités communes). Le distanciel ne peut pas remplacer ces moments.
  • Audits et inspections sur site : certaines vérifications nécessitent une présence physique (sites industriels, chantiers, entrepôts).
  • Événements sectoriels et salons : le réseautage en présentiel reste irremplaçable pour la prospection et la veille sectorielle.
  • Situations de crise : gestion de crise client, résolution de conflit, annonce sensible.

Les réunions efficacement remplacées par le distanciel

D'autres types de réunion se prêtent parfaitement au format distanciel :

  • Points d'avancement projet : un appel de 30 minutes est plus efficace qu'un aller-retour de 6 heures
  • Revues budgétaires : le partage d'écran permet de commenter les tableaux ensemble
  • Formations standards : les formations courtes (< 3h) fonctionnent bien en distanciel
  • Réunions internes régulières : comités de pilotage hebdomadaires, points d'équipe
  • Entretiens de recrutement (premiers tours) : la visio est devenue la norme pour les étapes de présélection
  • Support client de niveau 1 et 2 : la plupart des interventions peuvent être réalisées à distance

Un cadre décisionnel : le ROI par type de déplacement

Pour objectiver la décision « se déplacer ou pas ? », nous proposons un cadre d'analyse basé sur le retour sur investissement de chaque déplacement.

La matrice de décision

Enjeu business élevéEnjeu business modéré
Relation nouvelleDéplacement recommandéVisio + 1 déplacement ultérieur
Relation établieDéplacement si montant > seuilVisio par défaut

Le calcul du coût réel d'un déplacement

Pour chaque déplacement, le coût complet inclut :

  • Coût direct : transport + hébergement + restauration (200 à 800 € pour un aller-retour France)
  • Coût en temps : heures de trajet non productives × coût horaire chargé du collaborateur (50 à 150 €/h selon le profil)
  • Coût carbone : valorisation interne du CO₂ émis (50 à 100 €/tonne selon la politique de l'entreprise)
  • Coût d'opportunité : ce que le collaborateur aurait pu faire pendant ce temps

Exemple concret : un consultant senior (coût horaire chargé : 120 €) effectue un aller-retour Paris-Marseille en avion pour une réunion de 2 heures.

  • Transport : 350 € (vol + taxi aéroport)
  • Temps de trajet : 8 heures × 120 € = 960 €
  • Empreinte carbone : 400 kg CO₂ × 0,08 €/kg = 32 €
  • Coût total : 1 342 €

Si cette réunion pouvait se faire en visio, l'économie est considérable. À l'échelle d'une entreprise de 500 personnes avec 2 000 déplacements évitables par an, cela représente plus de 2 millions d'euros.

Concevoir une politique hybride équilibrée

La politique hybride idéale ne se résume pas à « moins de déplacements ». Elle définit un cadre clair qui permet aux collaborateurs de prendre la bonne décision au bon moment.

Les principes fondateurs

  1. Le déplacement doit être justifié par un objectif précis : chaque demande de déplacement inclut l'objectif attendu et les livrables
  2. Le distanciel est le mode par défaut pour les réunions internes : sauf séminaires et événements d'équipe planifiés
  3. Le présentiel est privilégié pour les moments relationnels clés : premiers contacts, négociations, célébrations
  4. La fréquence est adaptée : un client régulier ne nécessite pas un déplacement mensuel si la relation est installée
  5. Les outils sont à la hauteur : investir dans des salles de visioconférence de qualité pour rendre le distanciel agréable

Les outils de pilotage

  • Formulaire de justification : avant chaque réservation, le collaborateur indique le type de réunion et la raison du présentiel
  • Tableau de bord managérial : chaque manager voit le volume de déplacements de son équipe et le compare à la moyenne
  • Budget par service : allouer un budget déplacement par service, responsabilisant les managers
  • Revue trimestrielle : analyse des déplacements réalisés vs objectifs atteints

L'impact sur l'empreinte carbone : chaque déplacement évité compte

Le lien entre politique hybride et objectifs RSE est direct. Voici les ordres de grandeur :

  • Un vol Paris-Lyon évité = 120 kg de CO₂e économisés
  • Un vol Paris-Marseille évité = 200 kg de CO₂e économisés
  • Un vol Paris-Londres évité = 119 kg de CO₂e économisés
  • Un déplacement voiture de 300 km évité = 65 kg de CO₂e économisés

Pour une entreprise de 400 collaborateurs qui réduit ses déplacements de 20 % (soit environ 800 déplacements évités par an), l'économie carbone peut atteindre 80 à 120 tonnes de CO₂e par an. C'est l'équivalent des émissions annuelles de 40 à 60 voitures thermiques.

Cette réduction s'intègre directement dans le reporting scope 3 catégorie 6 du bilan carbone, et contribue aux objectifs de la trajectoire SNBC (Stratégie Nationale Bas-Carbone).

Le bien-être des collaborateurs : un enjeu sous-estimé

La dimension humaine de la politique de déplacement est souvent négligée. Pourtant, les études montrent que les voyageurs d'affaires fréquents (plus de 2 déplacements par mois) présentent des risques accrus de :

  • Fatigue et stress : décalage horaire, attentes en aéroport, retards, nuits d'hôtel répétées
  • Isolement familial : absences régulières impactant la vie de famille
  • Problèmes de santé : alimentation déséquilibrée en déplacement, sédentarité, troubles du sommeil
  • Burn-out : l'accumulation des déplacements est un facteur de risque identifié

Ce que peut faire l'entreprise

  • Plafonner le nombre de nuits hors domicile : par exemple, maximum 8 nuits par mois
  • Autoriser le « bleisure » : permettre au collaborateur d'ajouter une journée personnelle en fin de déplacement pour décompresser
  • Proposer des hôtels de qualité : investir dans le confort plutôt que minimiser le coût hôtelier à tout prix
  • Respecter les temps de repos : pas de vol à 6h du matin si une réunion est à 9h
  • Écouter les signaux faibles : mettre en place un indicateur de « charge de déplacement » par collaborateur

La politique hybride contribue directement au bien-être : en réduisant le nombre de déplacements, elle protège les collaborateurs tout en maintenant la performance commerciale.

Étude de cas : une entreprise qui a repensé sa politique de déplacement

Contexte : une ESN (Entreprise de Services du Numérique), 900 collaborateurs, 12 agences en France. Avant 2020 : 15 000 déplacements par an, budget 3,2 millions d'euros, 2 100 tonnes de CO₂e. Après COVID : volonté de ne pas revenir au « tout présentiel ».

Démarche :

  1. Analyse des déplacements 2019 : classification de chaque type de déplacement (commercial, interne, formation, événement)
  2. Enquête collaborateurs : 68 % souhaitaient réduire leurs déplacements, 22 % étaient neutres, 10 % voulaient maintenir le rythme
  3. Définition de la politique hybride :
    • Réunions internes inter-agences : visio par défaut, 1 présentiel par trimestre
    • Rendez-vous clients : premier RDV en présentiel, suivi en visio sauf enjeu > 50 k€
    • Formations : 100 % distanciel pour les modules < 1 jour, présentiel pour les modules > 2 jours
    • Séminaires : 2 par an (été et hiver) en présentiel obligatoire
  4. Investissement : 180 000 € dans l'équipement de 30 salles de visioconférence haute qualité

Résultats après 24 mois :

  • Déplacements : 9 600 (−36 % vs 2019)
  • Budget : 2,1 millions d'euros (−34 %)
  • Émissions : 1 344 tonnes de CO₂e (−36 %)
  • Satisfaction collaborateurs (enquête annuelle) : score bien-être au travail +8 points
  • Performance commerciale : chiffre d'affaires en hausse de 12 % sur la même période (preuve que la réduction des déplacements n'a pas nui au business)
  • Taux de rétention : amélioration de 4 points (attractivité de la politique de mobilité flexible)

Enseignement clé : la réduction des déplacements n'a pas dégradé la performance. Elle l'a même améliorée en libérant du temps productif et en réduisant la fatigue des équipes.

Checklist : mettre en place votre politique hybride mobilité

  • Analyser vos données de déplacement par type (commercial, interne, formation, événement)
  • Enquêter auprès des collaborateurs sur leurs préférences et besoins
  • Définir les critères de déplacement par type de réunion (matrice enjeu/relation)
  • Rédiger la politique et la faire valider par la DG, le DRH et le CSE
  • Investir dans des outils de visioconférence de qualité
  • Former les managers à l'arbitrage présentiel/distanciel
  • Mettre en place un formulaire de justification de déplacement
  • Piloter les indicateurs mensuellement (volume, coût, CO₂, satisfaction)
  • Intégrer la « charge de déplacement » dans les indicateurs RH par collaborateur
  • Communiquer les résultats et ajuster semestriellement

Pour aller plus loin

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